Faire l'Effort, pas les Forts par Laurence Bruder Sergent

Notre avis sur les méthodes de certains professionnels du dressage.

 

Les méthodes utilisées par de nombreux professionnels en France, aux Etats-Unis, et ailleurs, que l'on peut voir sur des chaînes de télévision, sur youtube et partout sur le net, montrent des résultats si rapides que le public en est subjugué. 

Je vous propose mon décryptage sur les méthodes employées. 

Je précise qu’aucun acteur n’est visé sur sa personnalité, ce ne sont que les moyens que je commente ainsi que leurs répercussions sur les animaux. 

C’est la violence, souvent physique, toujours émotionnelle, que les chiens subissent, qui rend les démonstrations aussi aisées. Après quelques minutes de traitement intensif, le chien est dans une sidération que l’on peut voir à l’œil nu, même pour les novices. 

A force de contrer les comportements, contraindre, interdire, empêcher, forcer le chien à tolérer ce qu’il n’accepte pas au départ ou ne sait pas gérer émotionnellement et physiquement comme ses humains le voudraient, on le rend totalement amorphe, apathique, en état presque végétatif (sans réaction de vie, de joie ou d’excitation). 

Par des séances de contention interminables, de maintien, de blocage du chien jusqu’à complète reddition, on arrive à un émoussement émotionnel, une disparition de la peur (qui est pourtant une émotion vitale), une suppression des réactions, une absence d’enthousiasme, une inhibition des initiatives, des troubles de la mémoire, de l’humeur, du comportement, une permanente détresse qui génère donc un calme constant, un électroencéphalogramme réduit à son minimum, bref, l’équivalent d’une « lobotomie » de l’animal. 

Si vous vous intéressez à la question, je vous suggère de vous renseigner sur le syndrome de Klüver-Bucy, qui recense ces faits que l’on constate sur les chiens passés entre les mains de soi-disant utilisateurs de méthodes non violentes et énumère les répercussions possibles. 

Méthodes non violentes ? Elles le sont. Il ne s’agit pas de coup porté au corps (du moins devant la caméra), mais au mental.

 Il y a aussi les écrits de Jean Claude Barrey au sujet des pratiques utilisées avec les chevaux (du genre « équitation éthologique ») : je vous recommande le texte « soyons clairs » écrit en co rédaction en 2003 avec Nadège Miklas. Il traite surtout des méthodes employées avec les chevaux, mais il y a des ressemblances évidentes au sujet des pratiques commises sur les chiens. 

Allez voir sur Youtube ce qu’un dresseur français (maquillé en éducateur comportementaliste) fait subir aux « chiens difficiles » en les retournant au sol et les maintenant jusqu’à relâchement musculaire, en leur crachant à l’oreille un chchchchchchch durant toute la séquence. 

Vous comprendrez pourquoi il porte des gants ! 

Renseignez-vous sur le « submissive roll over » ou « alpha roll over »…c’est la méthode employée par ce Monsieur, et cautionnée par trop de « professionnels ». 

Il y a aussi cette émission passée en 2004 sur TF1 présentant un "éducateur" mandaté par l’école vétérinaire de Maison Alfort pour régler les "problèmes de comportements des chiens"... à la force des bras. Vous constaterez que les résultats sont sans appel : sur les 3 chiens montrés, il y a 1 euthanasie, 1 abandon, 1 traumatisme. 

En visionnant ces vidéos accessibles gratuitement sur le net, vous comprendrez pourquoi ces messieurs ressemblent à des armoires à glace, sont bardés de cicatrices, portent des gants, utilisent des colliers étrangleurs et des colliers électriques, parlent de hiérarchie, de dominance, de soumission, de loup alpha... et pourquoi leurs chiens ont la queue basse, les yeux éteints et les oreilles plaquées sur le crâne...Appréciez dans l’émission de TF1 « reportages » comment le chien est jeté violemment dans le coffre de la voiture après en être sorti sans autorisation (le chien ne recommencera sans doute pas …en présence du dresseur en tout cas). 

Je pense, pour ma part, que la fin ne justifie pas les moyens, que certaines attitudes sont des maltraitances, des violences intolérables, inacceptables, que je ne veux pas cautionner. 

Si l’on admet que l’Homme est l’espèce la plus intelligente, comment peut-on accepter de retourner à l’âge de pierres en ce qui concerne nos relations avec les animaux ? 

La violence est le dernier refuge de l’incompétence, disait Gandhi. 

Alors pourquoi croit-on encore en 2010 qu’il n’y a que par la force que l’on obtient la coopération d’un chien ? 

Nous sommes pourtant en mesure, si nous le voulons, de signifier aux chiens par nos comportements qu’ils n’ont pas le pouvoir de nous mettre en colère, que nous ne cèderons pas à leurs agitations, que nous restons calmes, que nous sommes inflexibles et ne nous laissons pas modifier par eux. 

Veillons d’abord à nos propres attitudes, avant de vouloir imposer aux chiens de bien se comporter. C’est cela qui nous grandit, pas la soumission de l’autre par la manière forte. 

Je l’ai souvent écrit, c'est tellement plus facile de mettre l'autre à terre, selon la loi du plus fort, plutôt que d'essayer de le comprendre. 

Mais comprendre demande des efforts... 

Notre chien, notre meilleur ami (le sommes-nous pour lui ?) ressent des émotions, la douleur, la peur. Et communique. 

Je pense que la force physique ne doit pas primer sur l'intelligence.  

Vous savez dans quel camp je me trouve : celui de "l'effort", pas "les forts".    

Laurence Bruder Sergent

 

 

Commentaires : 1 (Discussion fermée)
  • #1

    chapate (dimanche, 04 novembre 2012 16:17)

    En tant que professionnel et adepte des méthodes positives et amicales , je salue et j'approuve cette prise de position sans ambiguité de Laurence, Comportementaliste de renom.